Le nihilisme (1)

Publié le par Mr Vandermeulen

Qu’est-ce donc que le nihilisme, les enfants ? Il y a quelques temps, quelqu’un de la classe est venu me chercher à la fin d’un cours pour me demander ce que cet étrange mot pouvait bien vouloir dire. La question, au demeurant fort concise, présente sans y paraître une complexité étonnante. Car sous le terme de nihilisme on entend beaucoup de synonymes et le mot semble signifier beaucoup d’idées différentes. Par nihilisme on peut entendre tout autant le comportement constant de négation, le refus, la révolte, la contestation du bien, du vrai, des canons de la beauté… Ou encore, il peut se résumer pour d’autres à la simple idée de la modernité, du scepticisme et du cynisme grecs, etc., etc.
La liste s’allonge encore si l’on écoute les commentateurs du mot au fil de l’histoire. Au XIXe siècle, par exemple, le nihilisme correspondait pour d’aucuns autant aux idées relativistes, égoïstes et individualistes ! On était nihiliste dès que l’on manifestait une propension trop grande pour l’argent ou la passion du matériel…

Plongeons-nous, par exemple, dans le très amusant dictionnaire des néologismes que le grand Louis Sébastien Mercier publia en 1801 et qui à l’entrée nihiliste ou rieniste écrivait : « qui ne croit en rien, qui ne s’intéresse à rien. » C’est fou comme cette définition vous correspond, mes mignons ! Regardez-vous, mes chéris, vous ne croyez pas dans les idées ni les efforts de M. Sarkozy, et cette obstination qui est la vôtre est réellement jugée comme regrettable pour un bon nombre de grandes personnes. Eh bien, je pourrais très bien dire de vous que vous n’êtes qu’une petite bande de tristes nihilistes, voyez-vous ?  En d’autres mots, on l’aura compris, le mot nihilisme n’a pas véritablement de signification. Et comme le célèbre gros mot, on pourrait dire que l’on est toujours le nihiliste d’un autre. Mais c’est là une première réponse un peu facile, destinée au groupe A. Nous verrons, dans les prochaines leçons, si nous ne pourrons pas apporter à la question quelques autres nuances. A bientôt, mes chéris.

Publié dans Leçons du groupe A

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laciboulette 15/10/2010 16:43


Je crois que j'ai un bipède à la maison dont le comportement se rapproche de cette définition....


Mr Vandermeulen 27/05/2008 09:56

Netchaïev est à genoux ! Il a trouvé son maître...

Morvandiau 27/05/2008 09:26

En termes de nihilisme, on peut aussi regarder du côté du spectacle vivant.
Ici par exemple:
http://www.youtube.com/watch?v=qrPorI2oT0A&feature=related
Comme pour Dostoïevski, il vaut mieux écouter toute l'oeuvre de cet artiste à la suite. Si on prête attention aux métaphores et aux figures de style, croyez-moi, l'auditeur moyen peut y passer toute une vie.

C. 25/05/2008 16:50

"Vous pouvez lire « Les Démons », mes chéris, mais sachez bien que c’est un gros livre, qui parle plus de l’âme russe et de Dieu que de nihilisme, tout cela dans un ordre peu clair"

Oh mais ça c'est parce qu'il parle du nihilisme par la bouche d'un mystique Russe.
Le truc pour piger cet auteur c'est de tout lire à la suite, ce qui prend environ un an pour le lecteur moyen. Au bout du 4è mois la litanie des noms-prénoms-surnoms n'est plus un obstacle, et là ça coule bien mieux effectivement.

Mr Vandermeulen 25/05/2008 10:07

Taratata ! Que dites-vous là, Docteur ? « Les Démons », ou « Les Possédés », c’est selon, est un livre difficile et peut-être le plus difficile de Dostoïevski (qui n’est pas, tout de même, un auteur que l’on range avec Didier Van Cauwelaert, pour prendre un Prix Goncourt au hasard). N’apportons pas de faux espoirs aux enfants qui nous écoutent, voulez-vous ? vous pourriez me les détraquer complètement…
Vous pouvez lire « Les Démons », mes chéris, mais sachez bien que c’est un gros livre, qui parle plus de l’âme russe et de Dieu que de nihilisme, tout cela dans un ordre peu clair. Rien que le début, avec ces deux longs premiers chapitres qui présentent plus de trente personnages sans que le moindre soupçon d’une réelle intrigue ne pointe son nez, est une épreuve. Et ils ont tous des noms à coucher dehors, mes enfants ! comme Trophimovitch ou Vsévolodovitch, et certains habitent même des villes comme Skvoréchniki ! Et il faut tout bien retenir ! Et ce n’est pas vous parler des « Carnets », outil merveilleux pour goûter tous les enjeux du grand Fédor ! Que c’est écrit tout bizarre et en petits bouts !