Des racines de l’écologie, Hæckel #4

Publié le par Mr Vandermeulen

Haeckel5.jpgBien, bien, bien, revenons à notre leçon initiale… M. Haeckel, malgré des notes très critiques du traducteur de l’Origine des Espèces, (1) fut absolument conquis par la traduction allemande de 1860 et accueillit le transformisme darwinien comme un naufragé solitaire recevrait un caisson de sandwiches (l’image est de ce brave Pierre Rouseau, à qui l’on doit, depuis 1945, une très imposante et vivante Histoire de la Science parue chez Fayard). C’est ainsi que notre bon inventeur du mot œcologie ne vit dans les idées de Charles Darwin rien de moins qu’une sorte de nouvelle révolution newtonienne. Plus que de s’en faire son premier publicitaire, il fit de la théorie de l’évolution « sa chose, sa loi, son talisman, son arme, et, tout en pourfendant les théologiens, entreprit de prouver l’ascendance simiesque de l’homme. »

 

S’ajoute à cette sympathie pour les idées de M. Darwin, un sentiment complémentaire et tout aussi prépondérant : M. Haeckel n’aimait pas beaucoup les Juifs. Il était atteint d’un anti-judaïsme chrétien plutôt persistant, pour ne pas dire très affirmé. Vous savez tous ce qu’est l’anti-judaïsme chrétien, les enfants ? C’est cette idée couramment appréciée chez les chrétiens (enfin, beaucoup moins aujourd’hui, nous dit-on) et qui voit dans le peuple juif un peuple prédestiné, un peuple de Dieu qui – comble du comble – serait responsable de la crucifixion du Christ. Tout cela, c’est à cause de ce qu’a dit l’apôtre Jean dans son évangile. (2) Mais ne résumons pas M. Haeckel à ses inimitiés, ce serait lui faire un mauvais procès ; d’ailleurs, c’était un furieux anticlérical… C’est vous dire si M. Haeckel ne se laisse pas résumer en deux mots ! M. Haeckel n’était donc pas seulement judéophobe, il était aussi antisémite, ce qui, vers les années 1870 et 1880, était bien plus moderne, pour ne pas dire à la mode… (3)

 

Maintenant que nous avons rapidement croqué les traits de la pensée du Pr. Haeckel, venons-en donc à sa plus belle invention. Car en réalité, ce ne fut pas ses mots œcologie ni etcetera qui firent sa gloire, bien entendu, mais certainement les bases d’une nouvelle religion de son invention. Religion qu’il forma d’après les thèses biologistes qu’il put lire précédemment dans Darwin et Spencer, et, tant qu’à faire, avec un zeste de son inimitié pour le judaïsme. Cette religion sans Dieu, que l’on appellera « religion biologique » pour faire simple (mais les Allemands sont rarement simples, les enfants), on la baptisa monisme ! Nous verrons dans la prochaine leçon, ce qui se cache exactement derrière cet étrange mot. A bientôt, mes chéris.

 


(1) Souvenons-nous que le livre de M. Darwin, L’origine des espèces, connut un succès sans précédent. La légende veut que le premier tirage de 1250 exemplaires fut intégralement vendu le jour-même de sa parution, le 24 novembre 1859. Ceci laisse songeurs les petits auteurs en herbe que vous êtes, par vrai ?

 

(2) Ainsi, même si les Juifs furent responsables du crime de déicide vers l’an 33, un petit glissement subtil veut que la responsabilité des Juifs serait portée, encore de nos jours, d’une part collectivement, et d’autre part héréditairement… Ah bé oui… « dit c’est dit, cochon qui s’en dédit », nous rappelle l’adage…

 

(3) On rappellera que notre fameux M. Vigne dont nous avons écouté avec attention sa leçon sur le Best-seller était également l’éditeur de la magistrale édition augmentée de Raul Hilberg, La Destruction des juifs d’Europe, ouvrage essentiel et fondamental, faut-il encore le préciser…  

Publié dans Leçons du groupe A

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Commenter cet article

C. 28/02/2008 21:22

(Mince, j'aurais dû lire la suite de la leçon. Mes excuses)