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Histoire-Géo

Mercredi 1 avril 2009

Le mot biographie, s’il est bien issu du grec, n’est pas si commun que l’on pourrait le penser. Depuis Suétone et sa Vie des douze Césars, jusqu’au XVIIe siècle, moment ou apparaît pour la première fois le mot biographie dans les dictionnaires – dans le Trévoux 1721, précisément – on a toujours préféré le mot vie pour définir le genre littéraire qui aborde le destin d’une personnalité. La première occurrence du mot biographie remonterait toutefois au VIe siècle. Le mot y est pour la première fois employé vers 490 dans La vie d’Isidore de Gaza, une œuvre du philosophe grec néoplatonicien Damascius, (ignorant son nom, on a pris l’habitude de le désigner par sa ville d’origine, Damas).

Et comme le remarque très justement le Professeur de langue et de littérature latines Ratti dans son cours sur les origines antiques du genre biographique dont nous nous servons pour ces leçons : « Il faut remarquer tout d’abord que le genre biographique a de très fortes connexions avec

l’épopée. On affirme la plupart du temps que l’histoire gonfle volontiers ses voiles du souffle épique. On évoque alors le grossissement épique chez Tite-Live ou Ammien Marcellin, dans des pages indéniablement héroïques. Je crois qu’il convient, en réalité, de dire l’inverse : l’histoire se souvient qu’elle a été épopée. Lucain en inventant l’épopée historique dans la Pharsale ne fait pas évoluer le modèle virgilien : il réinvente un genre ancien ! »
Par Mr Vandermeulen
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Mercredi 18 mars 2009

Les deux grands autres auteurs qui ont approché le biographique sont bien entendu les historiens Suétone et Tacite. On a tendance à entrevoir l’œuvre de Suétone – celle, fameuse entre toutes des Vies des douze Césars – comme une œuvre plus proche du mode biographique que celle de Tacite, qui serait plutôt un genre qui, comme ses titres Annales ou Histoires le font penser, dériverait de l’historiographie pure, ce qui en ferait une entreprise à mettre du côté des œuvres purement analytiques. Mais ce serait oublier ce qu’en disaient les intellectuels de l’époque, et par exemple Eusébius Hieronymus – Saint Jérôme, Kévin – lorsqu’il désignait l’œuvre historique complète de Tacite non pas sous le titre imposé par la tradition humaniste d’Histoires ou d’Annales, mais bien par le titre générique de Vitæ Caesarum !

La chose peut rencontrer des effets contraires lorsque par exemple, l’auteur anonyme de l’Histoire Auguste, ce recueil de biographies reprenant les vies d’empereurs romains (d’Hadrien à Numérien) datant du IVe siècle, se considère lui-même non pas comme un biographe, mais bien comme un auteur d’annales ! (Il faudrait d’ailleurs que je vous reparle un jour de cette merveilleuse aventure qui accompagne l’Histoire Auguste tant ce texte, considéré tantôt comme une œuvre majeure, tantôt comme un faux, a fait s’entrepoigner plus d’un philologue ! Ah ! les philologues ! effroyable engeance !)
Par Mr Vandermeulen
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Jeudi 12 mars 2009

On est en droit de considérer le Vitæ Excellentium Imperatorum, soit en français le Traité sur les Grands généraux des Nations étrangères, de l’historien latin Cornélius Népos (env. 95 av. J.-C. ; env. 29), contemporain de Catulle et de Cicéron, comme l’un des premiers grands recueils biographiques. Composé de 23 biographies, ce livre doit en réalité être apprécié dans une œuvre beaucoup plus vaste qui ne nous est pas parvenue et dont seul le nom nous est resté, De Viris Illustribus, (Des Hommes Illustres). Cette œuvre colossale et largement perdue fut composée en seize catégories, qui toutes se donnaient pour sujet le biographique (tantôt un volume reprenait la vie Des orateurs latins, tantôt un autre celle Des poètes grecs, Des poètes latins, Des philosophes grecs, Des philosophes latins, Des historiens grecs, Des historiens latins, Des grammairiens grecs, etc, etc. On constate à quel point le cadre vaste que Cornélius Népos avait conçu pour son œuvre est inspiré par le désir commun à toute sa génération d’introduire dans l’histoire un esprit et un savoir encyclopédiques. Mais les exégètes s’accordent à penser que l’œuvre de Cornélius Népos a quelque peu manqué son but, cela même d’un point de vue de l’érudition. En effet, même si l’on y retrouve des emprunts à Polybe, Thucydide ou Théopompe, les sources de l’historien seraient peu sûres. (oui, Kévin, je te rassure : si c’est peu sûr, tu n’es pas obligé de commander le livre chez ton libraire). 

Par Mr Vandermeulen
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Dimanche 8 mars 2009
Devant préparer quelques notes pour mon petit neveu qui doit présenter une allocution sur le biographique dans le cadre des conférences animées par le CNRS au Centre Alexandre Koyré de Paris dans le courant du premier semestre 2009, j’inaugure ici, pour lui, mais aussi beaucoup pour vous, mes chéris, une suite de courtes leçons sur les origines du mode biographique. Si l’on s’en tient à ce que disait le grand historien italo-juif Arnaldo Momigliano (1908-1987) à propos des origines de la biographie, on serait en droit de considérer avec lui que ce fut dans Xénophon (env. 428 à 355 av. J.-C.) que l’une des premières manifestations du genre se décela, lorsque notre Athénien spartophile nous conta dans son Agésilas, les grands moments de la vie du roi de Sparte. Mais ce texte, à la fois éloge et biographie, n’est pas sensu stricto ce que l’on entend de nos jours par une œuvre biographique. Cela de la même façon que l’on décèle, dans certaines autres grandes œuvres de la Grèce Antique, des parties ou passages qui, si nous les détachions de leur corpus, présenteraient des atours suffisamment séduisants pour que l’on puisse les entrevoir comme de véritables biographies ; on pense ici bien sûr aux pères de l’histoire, Thucydide (460 av. J.-C. ; 400 av. J.-C.) qui dans sa sublime Histoire de la Guerre du Péloponnèse s’attarde longuement sur la vie de Périclès, et, bien sûr aussi, à Hérodote (env. 484 av. J.-C. ; 425 av. J.-C.), qui dans son Enquête ou encore dans ses Histoires, nous parle de façon approfondie de Cyrus, de Crésus, ou encore de Thémistocle.
Par Mr Vandermeulen
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Mardi 2 septembre 2008
Bonjour, les enfants, c'est la rentrée, quel plaisir de vous revoir ! Aujourd'hui on commence en douceur, je vous offre une petite vue de Londres et je ne ramasse pas les copies.

Le dimanche 2 septembre 1666, il y a tout juste 342 ans, au cœur de Pudding Lane, ruelle du centre de Londres, se fit entendre les premières alertes d’une énorme conflagration qui prit son départ dans le fournil du boulanger Thomas Fariner ; et les flammes de bénéficier du vent et de la sécheresse du bois des chaumières, de l’exiguïté des allées, des nombreuses réserves de papier, de chanvre, de lin, des goudrons et des bitumes, pour précipitamment s’étendre sur tout l’ouest de la City, offrant du sommet de la tour de Londres un spectacle absolument désolant, brasier si extraordinairement démesuré qu’il eût sans aucun doute provoqué l’écœurement d’un Néron, d’autant que jamais les eaux de la Tamise ne parvinrent à l’arrêter ; et se consumer plus de treize mille maisons, entrepôts et magasins, quatre-vingt-sept églises, jusqu’au joyau de l’Angleterre, la superbe et majestueuse cathédrale Saint-Paul. Avec un tel bilan, on s’en doute, le peuple londonien ne put se contenter de la responsabilité d’un seul et pauvre boulanger ; le désastre, trop important, imposait l’élection d’un bouc émissaire autrement plus crédible que ce malheureux Fariner, du reste cuit parmi ses « muffins ». Aussi, le roi Charles, désirant prévenir la sédition généralisée, ordonna que le coupable de l’incendie de Pudding Lane s’annonçât. Cette requête établie, ce fut avec une joie non retenue qu’à la Cour de Westminster on accueillit, une semaine seulement après le drame, la confession d’un ressortissant français, horloger de son état, le nommé Robert Hubert ; l’homme se disait terroriste et subordonné du pape, revendiquait la paternité de la catastrophe, révélait avoir bouté, au cœur de Westminster, le Great Fire of London ! Sa déposition rectifiée (pour plus de cohérence, on préféra qu’il situât le départ de son crime à Pudding Lane), Mr. Hubert fut pendu en grandes pompes, le 28 du même mois. Cependant, à peine tiède, on rendit public le « planning » du défunt : Mr Hubert était encore en France durant l’incendie ; et l’occurrence « bug » de faire son entrée dans le célèbre Lexicon Technicum de Mr John Harris, alors que les premiers signes de superstition gagnaient le pays. Un drôle rappela que le feu fut maîtrisé au lieu dit « le Coin de la Tarte », alors que personne n’avait manqué de se rappeler qu’il était né Chemin du Pudding ; les manifestations d’un châtiment divin s’éclaircirent par la thèse du pêché de gourmandise, et la funeste date de 1666 de se révéler pour tous les Londoniens dans sa terrible réalité dès lors qu’un second drôle se rendit compte qu’il renfermait le terrible et effrayant « Number of the Beast » ! (1)

 

 

(1) 666 ! Ha ! ça foutait la trouille ! ça oui ! Et encore, tandis que l’étrange Robert Hubert n’était autre qu’un sujet du roi Louis XIV, ce n’était rien dire de ceux qui, partant d’une base alphanumérique établissant que A égale 100 et B égale 101, etc., entrevoyaient la valeur d’un mot comme « soleil » équivalente à 666 ! C’est par ailleurs depuis cette affreuse nuit de dimanche 2 septembre 1666 que les boulangeries ferment désormais le lundi, à Londres comme partout !
Par Mr Vandermeulen
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Lundi 30 juin 2008

Le 30 juin 1827, il y a tout juste 181 ans, le petit monde parisien découvrait pour la première fois, au beau milieu du Jardin des Plantes de la rue Geoffroy Saint-Hilaire, le cadeau exceptionnel du pacha d’Egypte fait à Charles X, un extravagant gibier capturé en Nubie, monstre étrange doté d’une crinière de cheval et de pieds de veau, à tête de chameau et au pelage de léopard, ce que les zoologistes nommaient un caméléopard, curiosité rare que l’on rebaptisa « girafe ». Certes, les antiques prédécesseurs des Ultras de la Restauration connaissaient eux aussi l’animal et l’on sait que l’insigne César, de retour de sa campagne d’Egypte, avait déjà ramené à Rome un cameleopardalis, cameleopardus. Mais cet événement connut un succès fort bref car, trop pressé de convertir son trésor en objet de spectacle, l’empereur ne résista pas à écourter la destinée de l’hybride créature : à peine cette dernière avait-elle eu le temps d’assommer quelques mauvais juifs dans le Circus Maximus, qu’elle servit de festin aux lions ; voici pourquoi, dans la précipitation des événements, on eut peu de temps pour peindre l’animal. (1) Il fallut attendre des siècles avant qu’une girafe ne posa son sabot pour la première fois sur le sol de France. L’heureuse élue, cadeau du bon Charles X, fut accompagnée de trois grosses laitières normandes, ses nourricières, jusqu’à ce que, la quarantaine de vigueur consommée, les autorités douanières de la ville de Marseille, instruites que le monstre ne communiquait pas le choléra, autorisent que l’on fit tout pour aménager un cortège qui courrait de la Cité phocéenne à Paris, où le roi, impatient, attendait. On soigna la créature, on lui commanda des bottes et une pèlerine géante en taffetas ciré, parée comme il se doit des armoiries royales. Le collier du monstre nanti d’une amulette recelant une sourate coranique ayant été perdu durant son séjour marseillais, un autre, plus beau encore, lui fut conçu à Lyon. Arrivé à Paris, il se dit que Charles X fit bon accueil à son présent, il le tâta, l’accompagna dans quelques-uns de ses déplacements, tenta par jeu d’accorder ses foulées à celles de la bête, puis, lassé, réclama que l’on fasse courir le monstre pour distraire sa curiosité, ce à quoi aussitôt l’on répondit à l’aide de chiens spéciaux, animés à l’absinthe. C’est depuis cet événement que les dames qui font le beau Paris arborent des toilettes « à la girafe», sortes de coiffes insolites, structures sophistiquées qui rappellent la forme des vieilles cornettes, peu pratiques en voiture, certes, mais si modernes.

NOTES

(1) Ce que confirme les fresques de Pompéi dans lesquelles on a très longtemps pensé qu’elles ne représentaient que des hippopotames mal sentis.
Par Mr Vandermeulen
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Vendredi 6 juin 2008

J’inaugure ici la publication de quelques-unes de mes éphémérides historiques que je compose pour le journal Le Tigre depuis bientôt trois ans. Il faut lire le journal Le Tigre, les enfants, et il faut s’intéresser à l’Histoire. En d’autres mots : il faut suivre mes leçons !



Le lundi matin du 7 juin 1520, jour de la Fête-Dieu, il y a tout juste 488 ans, François Ier, persuadé qu’il lui suffirait d’accueillir Henri VIII dans une dépense infinie de fastes pour que lui fût acquise l’amitié du monarque – ces Anglais sont si superficiels ! – passait une dernière fois son Camp du Drap d’Or à l’inspection, afin que nul funeste détail ne vînt gâcher la grandissime entrevue imaginée dans ce splendide chantier construit de toute pièce pour l’occasion. À peine terminé, le village était si somptueux que déjà on usa du mot de huitième merveille du monde, « C’est dire si la chose avait du chien ! », s’enhardissait François, conquis. L’enjeu, disons-le, était de taille : il fallait convaincre le Roy des Anglois de composer sans celui dont il était urgent de conjurer les intrigues, ce grotesque Charles Quint qui s’était lui-même placé une couronne impériale sur le chef. Pour affirmer l’amitié franco-anglaise, on n’avait certes pas lésiné. Fut amené par mer un logis de bois en pièces détachées [1] composé de quatre corps de maison charpentés en Angleterre, couvert de toile peinte en forme de pierre de taille, tendue de tapisseries dont les dessins, pris sur le modèle des plus riches maisons, étaient les plus splendides qui se pouvaient trouver à l’époque et qui, toutes, assurément, faisaient le goût d’Henri. On s’appropria également le panorama avec d’innombrables tentes aux draps d’or et d’argent, frisées du dedans comme du dehors et enjolivées de pommes d’or. On vit aussi une multitude de tentes faites de chambres et de galeries si vastes et somptueuses que de mémoire de marchand de Calais jamais on n’en vu de telles dans les plaines flamandes. François Ier, qui comptait obtenir du premier ministre d’Henri VIII, le cardinal Wolsey, la bénédiction du mariage du Dauphin de France d’avec cette petite garce de Marie d’Angleterre, dut cependant bien vite se rendre à l’évidence que tout ce luxe lui apporterait peu : Wolsey fut si facile à soudoyer que Charles Quint n’eût, pour se prévenir des engagements du Camp du Drap d’Or et se mettre l’Angleterre en poche, qu’à promettre une tiare au vaniteux ; ces Anglais, on ne le répètera jamais assez, sont avant tout des perfides !



NOTES

[1] On a tendance à vite l’oublier mais le mobilier à monter vendu au détail n’est certainement pas l’affaire exclusive des Suédois ; nous savions y faire aussi, en France, et de façon autrement plus chic que M. Ingvar Kamprad, l’homme aux affreux contre-plaqués encastrables !

Par Mr Vandermeulen
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  • : Né en 1925 à Saint-Pol-Sur-Ternoise, Léopold Ferdinand D. Vandermeulen s’est surtout fait connaître dans les milieux pédagogiques francophones pour son célèbre programme éducatif « Savoir Pour Tous », lié principalement à La Petite Bibliothèque des Cultures Contemporaines (PBCC), collection d’ouvrages de vulgarisation à l’usage des jeunes, dont il est le fondateur et le principal Directeur depuis 1968.
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