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Dictée !

Dimanche 7 décembre 2008

Nous restons dans la thématique de notre dernière télévision scolaire et nous révisons à présent ensemble notre dictée de la semaine. On écrit distinctement le titre et on n’oublie pas de le souligner proprement avec sa règle (J’ai dit proprement, Bollec, ce qui veut dire que l’on n’oublie pas de ne pas laisser dépasser ses doigts, c’est une ligne droite qui est demandée, et non des montagnes russes comme à votre habitude…). Bien, le titre : Un cheval de course génial confirme en Ulrich le sentiment d’être un homme sans qualités, par Robert Musil.


Qu’Ulrich pût penser avoir obtenu quelques résultats dans le domaine scientifique n’était pas absolument sans importance pour lui. Ses travaux lui avaient même valu une certaine estime. De l’admiration eût été trop demander, car l’admiration, même au royaume de la vérité, est réservée aux aînés dont il dépend que l’on obtienne ou non l’agrégation ou une chaire. A strictement parler, il était resté ce qu’on appelle un espoir ; on nomme espoir, dans la république des esprits, les républicains proprement dits, c’est-à-dire ceux qui s’imaginent qu’il faut consacrer à son travail la totalité de ses forces, au lieu d’en gaspiller une grande part pour assurer son avancement social ; ils oublient que les résultats de l’homme isolé sont peu de chose, alors que l’avancement est le rêve de tous, et négligeant ce devoir social qu’est l’arrivisme, ils oublient que l’on doit commencer par être un arriviste pour pouvoir offrir à d’autres, dans les années du succès, un appui à la faveur duquel ils puissent arriver à leur tour.

Or, un beau jour, Ulrich renonça même à vouloir être un espoir. Alors déjà, l’époque avait commencé où l’on se mettait à parler des génies du football et de la boxe ; toutefois, les proportions demeuraient raisonnables : pour une dizaine, au moins, d’inventeurs, écrivains et ténors de génie, on ne trouvait encore, tout au plus, qu’un seul demi-centre génial, un seul grand tacticien de tennis. L’esprit nouveau n’avait pas encore pris toute son assurance. Mais c’est précisément à cette époque-là qu’Ulrich put lire tout à coup quelque part (et ce fut comme un coup de vent flétrissant un été trop précoce) ces mots : « un cheval de course génial ». Ils se trouvaient dans le compte rendu d’une sensationnelle victoire aux courses, et son auteur n’avait peut-être même pas eu conscience de la grandeur de l’idée que l’esprit du temps lui avait glissée sous la plume. Ulrich comprit dans l’instant quel irrécusable rapport il y avait entre toute sa carrière et ce génie des chevaux de course. Le cheval, en effet, a toujours été l’animal sacré de la cavalerie ; dans sa jeunesse encasernée, Ulrich n’avait guère entendu parler que de femmes et de chevaux, il avait échappé à tout cela pour devenir un grand homme, et voilà qu’au moment même où, après des efforts divers, il eût peut-être pu se sentir proche du but de ses aspirations, le cheval, qui l’y avait précédé, de là-bas le saluait...

Par Mr Vandermeulen
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Lundi 22 septembre 2008
On ne triche pas, on ne regarde pas sur son voisin, on réfléchit, on a confiance en soi et on n’oublie pas de vérifier ses participes passés. 


Il y a la belle-sœur d’une de mes amies qui a le téléphone posé chez elle ! Elle peut faire une commande à un fournisseur sans sortir de son appartement ! J’avoue que j’ai platement intrigué pour avoir la permission de venir un jour parler devant l’appareil. Cela me tente beaucoup, mais plutôt chez une amie que chez moi. Il me semble que je n’aimerais pas avoir le téléphone à domicile. Le premier amusement passé, cela doit être un vrai casse-tête.

 

Par Mr Vandermeulen
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Dimanche 23 décembre 2007
 

Th--orie-du-caca.jpg Vous voulez de la grosse commission ? Eh bien je vais vous en donner, vous allez voir !!
On prend son cahier de dictée et on ne copie pas sur son voisin, on n’oublie pas la date ni le titre, souligné deux fois : Petite théorie, Pe-ti-te thé-ori-e, du caca. Petite théorie du ca-ca. Par Slavoj Žižek… par Sla-voj… Pardon Kevin ? Non, on ne perd pas de points sur les noms propres. Bien Je continue, on écoute bien et on écrit à son rythme, ce n’est pas une course : 

 
 

Dans une scène célèbre du Fantôme de la liberté de Bunuel, les rapports entre le fait de manger et celui de déféquer sont inversés : les gens sont assis sur des cuvettes de cabinets autour d’une table, discutant plai­samment, et lorsqu’ils veulent manger, ils demandent discrètement à la maîtresse de maison : « Où se trouve l’endroit que vous savez ? », et filent furtivement vers une petite pièce à l’arrière. Il est alors tentant, en guise de complément à Lévi-Strauss, de proposer que la merde puisse également servir de matière à penser : les trois types basiques de toilettes ne forment-ils pas une sorte de contrepoint-corrélatif excrémentiel au triangle lévi-straussien de la cuisine ? Dans les cabinets alle­mands traditionnels, le trou dans lequel disparaît le caca après que la chasse d’eau est tirée est latéral, de telle sorte que le caca est d’abord déployé sous nos yeux pour mieux être reniflé et inspecté au cas où puissent être détectés quelques indices de mauvaise santé ; dans le modèle français, au contraire, le trou est en contrebas, c’est-à-dire que la merde est censée disparaître le plus rapidement possible ; enfin, le cabinet américain (anglo-saxon) présente une sorte de synthèse des deux, une médiation entre ces deux pôles opposés - la cuvette est pleine d’eau, de telle sorte que le caca flotte à la surface, bien visible, sans pour autant devoir être examiné... Peu importe que dans la célèbre discussion sur les mérites des différentes chiottes européennes, au début de son ouvrage à demi oublié, Fear of Flying, Erica Jong affirme d’un ton moqueur que « les toilettes allemandes sont vraiment la clé permettant de comprendre les horreurs du Troisième Reich. Les peuples qui sont capables de construire des toilettes pareilles sont capables de n’im­porte quoi ». Il est évident qu’aucun de ces modèles ne peut être expliqué en termes strictement utilitaires : on peut clairement discerner en chacun d’eux une cer­taine perception idéologique de la manière dont le sujet devrait se rattacher au déplaisant excrément provenant de l’intérieur de son corps.

 

Hegel fut parmi les premiers à interpréter le triangle géographique Allemagne-France-Angleterre comme ex­primant trois attitudes existentielles différentes : la minutie réfléchie allemande, l’irréflexion révolution­naire française et le pragmatisme utilitariste modéré anglais ; en termes de positionnement politique, ce triangle peut être lu ainsi : le conservatisme allemand, le radicalisme révolutionnaire français, et le libéralisme modéré anglais ; en termes de prédominance de l’une des sphères de la vie sociale, il s’agit de la métaphysique et de la poésie allemandes contre la politique française et l’économie anglaise. La référence aux cuvettes nous permet non seulement de discerner le même triangle dans le très intime domaine qu’est celui de la fonction caca, mais aussi de repérer le mécanisme sous-jacent de ce triangle dans les trois attitudes différentes face à l’excès excrémentiel : la fascination contemplative ambiguë ; la tentative précipitée de se débarrasser du déplaisant excès de la plus rapide des manières ; l’approche pragmatique consistant à envisager l’excès comme un objet ordinaire à supprimer de manière appropriée. Il est facile pour un universitaire de clamer haut et fort, lors d’une table ronde, que nous vivons dans un univers postidéologique — il suffit qu’il fasse un tour aux toilettes après le débat houleux, pour se voir, à nouveau, baignant jusqu’aux genoux dans l’idéologie...

Par Mr Vandermeulen
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  • : Né en 1925 à Saint-Pol-Sur-Ternoise, Léopold Ferdinand D. Vandermeulen s’est surtout fait connaître dans les milieux pédagogiques francophones pour son célèbre programme éducatif « Savoir Pour Tous », lié principalement à La Petite Bibliothèque des Cultures Contemporaines (PBCC), collection d’ouvrages de vulgarisation à l’usage des jeunes, dont il est le fondateur et le principal Directeur depuis 1968.
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