Quelques réflexions sur l’imagerie chrétienne (4)

Publié le par Mr Vandermeulen

Quant à Hans Trapp, le nom de cet épouvantail doit son origine à un personnage historique. Il s’agit très probablement du seigneur Hans von Trotha, un chevalier qui vécut au XVe siècle et qui occupait un château près de Wissembourg, dans l’actuel Land de Rhénanie-Palatinat, au château de Berwartstein. Ce Hans von Trotha avait aux yeux des Wissembourgeois une réputation exécrable, car la ville lui disputait la propriété du château : l’abbaye de Wissembourg avait en effet acquis la forteresse, mais suite à divers conflits l’avait perdu, tout en en restant le propriétaire légal. En 1480 L’électeur palatin Philippe Le Franc, prêta Berwartstein au chevalier thuringien Hans von Trotta et le lui vendit cinq ans après, malgré les protestations de Wissembourg. Von Trotta était entre-temps devenu maréchal du Palatinat. Von Trotha fit du château une véritable forteresse adaptée à l’artillerie, entendant bien le garder. Malgré tous leurs efforts, les abbés de Wissembourg n’arrivèrent pas à récupérer Berwartstein. La position de Hans von Trotha dans l’échiquier politique de ces années là fut tellement protégée, que même un anathème du pape et les tentatives de conciliation de l’empereur Maximilien restèrent sans succès. Il fallut attendre la mort du maréchal en 1503 pour obliger ses successeurs de rendre aux abbés quelques villages, domaines et droits, mais le château de Berwartstein resta la propriété des von Trotha.

On raconte qu’il aurait assiégé la ville de Wissembourg et construit un barrage sur la Lauter afin de priver d’eau la ville, le monastère et ses habitants. Puis, après plusieurs semaines, le barrage étant rempli, il aurait lâché l’eau pour inonder la cité… Pendant de longues années il aurait fait régner la terreur dans la région…


Ce fut ainsi que la figure historique de Hans von Trotha devint le Hans Trapp qui la veille de Noël emporte les méchants enfants dans son sac. Jadis, il venait dans les maisons et faisait réciter une poésie ou une prière, et si les enfants ne le savaient pas, il les fouettait…

Il est amusant de se rappeler que mon petit neveu David brosse dans le deuxième tome de sa biographie consacrée à Fritz Haber, un autre von Trotha issu de la même lignée, prénommé Lothar celui-là, mais tout aussi terrifiant, général des forces coloniales allemandes en Afrique de 1896 à 1908 sous Guillaume II. Celui-là même qui fut responsable du premier génocide du XXe siècle, en tentant d’exterminer la peuplade des Hereros, entre 1904 et 1908.

Hans Trapp sait donc de qui tenir…

Publié dans Religion-Morale

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Ruffinus 22/01/2009 17:10

Il s'agit en fait d'un motif répandu, le croquemitaine. Effectivement, cette figure du croque-mitaine s'est trouvée plaquée sur des oppresseurs locaux, les seigneurs de Virieu (dans l'Isère) paraît-il.