Introduction à quelques réflexions sur l’imagerie chrétienne

Publié le par Mr Vandermeulen

Pour ouvrir ma nouvelle leçon consacrée à l’imagerie chrétienne, j’aimerais vous parler d’une bande dessinée de circonstance, puisqu’il s’agit du formidable ouvrage de Jochen Gerner, Le Saint Patron. Tentons d’évacuer dès le début tout malentendu en précisant que cette bande dessinée n’est pas comme on pourrait le penser un livre qui nous parlerait, 54 pages serrées durant, de Saint Nicolas Patron des écoliers et de son beau pays, la Lorraine ; la chose serait trop simple. Car voilà, Gerner, dont nous avons déjà parlé l’année passée, n’est pas un naïf, et ce serait oublier que ses livres ne parlent jamais d’histoires ni d’aventures. Non, les livres de Jochen Gerner sont des idées, et c’est pour cela qu’ils perdureront dans les esprits et le temps. Dans son Saint Patron, Gerner compose avec des images d’une simplicité frontale qu’il a lui-même crées ou refabriquées et qui ne semblent rien dire de plus que ce qu’elles sont : de petites icônes représentatives de vérité. Mais Gerner, comme il l’a déjà clairement démontré dans son Contre la Bande Dessinée ou encore dans son TNT en Amérique, aime le détournement. Avant tout, c’est son travail de commande qu’il détourne – car oui, bien sûr, ce livre est le fruit d’une commande du Conseil Régional de Lorraine –, mais aussi et surtout, il détourne la neutralité apparente et la questionne. C’est de cette démarche, constante dans une grande part de son œuvre, que s’échappe une malicieuse subversion. Oui, Jochen Gerner, sous ses airs innocents et gentils, est un auteur délicieusement néfaste, malin, et de fait, indispensable (en disant cela, n’essayez pas d’en faire autant, les enfants, laissons ce talent aux artistes, s’il vous plaît). Il faut lire Le Saint Patron. C’est un livre qui souligne parfaitement l’ambiguïté qui résulte du télescopage de l’image et du narratif qui lui est accolé. Gerner s’amuse et se fait télescoper les vérités, et l’on ne sait plus si la vérité première du Saint Patron est avant tout la vérité des images ou celle de leurs légendes. Quelle plus belle conclusion que celle-ci pour entamer un petit cours sur l’imagerie chrétienne, n’est-ce pas ?

Petit post-scriptum avant de passer à la suite, si M. Darcos m’entend jusqu’ici : il serait aussi heureux de voir Le Saint Patron s’inscrire dans les programmes scolaires tant ce livre pourrait secourir les jeunes gens à saisir tous les tours de la mystification télévisuelle. Mais ce vœu est vain, Gerner le sait et M. Darcos probablement aussi : il est déjà trop tard.

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bourisse 22/12/2008 20:16

dites monsieur, c'est pas pour les enfants cette bd, si ? pis ya des robots ou pas dedans ?