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Mardi 1 avril 2008

 

Les livres qui se donnent pour projet de faire rire sur le thème de la discrimination sont rares car difficiles à construire, Le Roux de Fabrice Erre semble avoir atteint son but : enfin un livre drôle et intelligent qui ose aborder le thème difficile de la discrimination des roux !
En empruntant le chemin de l'humour non-sens cher aux Anglais et aux Bataves qui maîtrisent cet art naturellement, Fabrice Erre fait preuve avec sa nouvelle bande dessinée d'une imagination et d'une vigueur qui l'empêchent d'user des clichés ou d'une quelconque faiblesse propre à la répétition, le tout, sans jamais que le piège du mauvais goût ne s'ouvre sous lui. [1]
On pourrait penser que rire de la rousseur est farfelu, mais cela ne l'est pas tant. Ce serait ne pas savoir qu'en Angleterre, la question rousse ne cesse de garnir les pages des tabloïdes. Charlotte Rushton, une charmante photo-journaliste rousse, qui dans son projet « Ginger Snap » a photographié de nombreux roux anglais déclarait à la BBC que sur ses 300 sujets photographiés seuls deux ont avancé qu'ils n'avaient jamais fait l'objet de brimades. Ceci nous semble exotique, n'est-ce pas ? Chez nous, il n'existe qu'un peu moins de 2% de roux, mais ce chiffre s'élève à 13% en Angleterre... Il n'y a pas si longtemps, un quotidien londonien rapportait que la famille Chapman, rousse dans son ensemble, vivait dans la crainte de se faire casser leurs fenêtres et de voir les murs de leur maison de Newcastle souillés d'injures. En trois ans, les Chapman ont dû déménager deux fois et les quatre plus jeunes enfants, régulièrement agressés dans la rue, s'adaptent à autant de nouvelles écoles.
Certains, en Angleterre, ont avancé que l'efficacité des défenses de la plupart des discriminations a incité les ségrégationnistes à reporter leur haine contre les minorités visibles qui n'étaient pas encore protégées par une association.
Eh oui, les enfants ! de tout temps - depuis les temps bibliques, devrait-on dire ! - les roux ont été le sujet de la raillerie et de la discrimination. Car les roux n'étaient pas ceux qui tenaient les plus beaux rôles dans la Bible ! Voyez la Genèse et souvenons-nous d'Esaü ! Pourquoi je viens avec Esaü, Kévin ? Eh bien parce que s'il fallait élire un patriarche des Roux, mon petit ami, ce serait sans conteste Esaü [le Velu] qu'il faudrait désigner ! Esaü, le fils d'Isaac et le frère de Jacob, cet homme qui naquit velu comme une pelisse de Scandinave et roux de la tête aux pieds ! Sa frasque la plus célèbre reste sa requête à son frère Jacob, lorsque, séduit par le fumet de la potée aux lentilles rousses que préparait son frère, il lui demanda : « Laisse-moi manger de ce roux, de ce roux-là, car je suis fatigué », acceptant en échange de lui vendre son droit d'aînesse [2]. Le roux Ésaü, qui était le préféré de son père Isaac parce que celui-ci appréciait le gibier de sa chasse, en allant trouver son frère Jacob, qui lui n'aimait qu'à rester dans sa tente, fut troublé par les parfums de la potée rousse comme les vapeurs d'alcool montent à la tête de l'ivrogne. En se jetant sur la bouillasse rousse, Ésaü le Roux fut, comme le raconteront les diverses légendes faustiennes, l'exemple incarné de ceux qui auront vendu leur âme pour la satisfaction d'un appétit charnel. Peu importe de savoir ce qu'un homme obtient en échange de son âme, de toute façon il ne peut qu'y perdre et il en est lié par son marché... Ainsi, pour ne plus jamais succomber à l'envie de crier « Houhouhou, les Roux !!! Honte sur vous et votre descendance ! »,  achetons tous Le Roux de Fabrice Erre, mes enfants, et ce livre deviendra peut-être, espérons-le, l'un des premiers jalons d'une grande et nouvelle cause : la réhabilitation des Roux !

 

[1] Un petit aparté sur ce qui fait la spécificité de l'humour anglais, mes enfants, qui est une forme d'humour qui a quelquefois une note d'extravagance qui déconcerte l'étranger. Car l'Anglais est porté à donner des noms irrévérencieux à ses dieux, comme les Grecs appelaient Zeus le Tueur de mouches. Les soldats britanniques de la première guerre mondiale donnaient à leurs tranchées de Flandres des noms pompeux comme Regent Street et on raconte qu'un régiment, en montant à l'assaut, avait pour cri de guerre « marmelade ». Cette notion du disparate est devenue le sine qua non de l'Anglo-Saxon, une religion mineure. On l'entend comme le bruit de la pluie, dans tout ce qu'il dit. Rappelons-nous ce qu'en disait le grand Kant, mes chéris, lorsqu'il remarquait avec justesse que l'Anglais n'a pas tant le sens du beau que du sublime. Le premier est le produit de l'intelligence, l'autre naît des émotions asservies au mystère, à la tragédie, à l'héroïsme, à l'incongruité de la vie. Ainsi, son humour n'est jamais plus apparent que dans une grave crise, spécialement une guerre.

[2] Non Kévin, le droit d'aînesse n'est pas un droit qui permet d'abuser d'une ânesse comme bon te semble, mon chéri, c'est un droit qui confère la majorité des biens d'un foyer à celui des fils qui est né le premier, maintenant cesse de m'interrompre et essaie de m'écouter.

Par Mr Vandermeulen - Publié dans : Religion/Morale
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Commentaires

Genèse 25 ; 19-34 : Abraham engendra Isaac. Isaac était âgé de quarante ans, quand il prit pour femme Rebecca, fille de Bethuel, l’Araméen, de Paddan Aram, et sœur de Laban, l’Araméen. Isaac implora l’Éternel pour sa femme, car elle était stérile, et l’Éternel l’exauça : Rebecca, sa femme, devint enceinte. Les enfants se heurtaient dans son sein ; et elle dit : S’il en est ainsi, pourquoi suis-je enceinte ? Elle alla consulter l’Éternel. Et l’Éternel lui dit : Deux nations sont dans ton ventre, et deux peuples se sépareront au sortir de tes entrailles ; un de ces peuples sera plus fort que l’autre, et le plus grand sera assujetti au plus petit. Les jours où elle devait accoucher s’accomplirent ; et voici, il y avait deux jumeaux dans son ventre. Le premier sortit entièrement roux, comme un manteau de poil ; et on lui donna le nom d’Ésaü. Ensuite sortit son frère, dont la main tenait le talon d’Ésaü ; et on lui donna le nom de Jacob. Isaac était âgé de soixante ans, lorsqu’ils naquirent. Ces enfants grandirent. Ésaü devint un habile chasseur, un homme des champs ; mais Jacob fut un homme tranquille, qui restait sous les tentes. Isaac aimait Ésaü, parce qu’il mangeait du gibier ; et Rebecca aimait Jacob. Comme Jacob faisait cuire un potage, Ésaü revint des champs, accablé de fatigue. Et Ésaü dit à Jacob : Laisse-moi, je te prie, manger de ce roux, de ce roux-là, car je suis fatigué. C’est pour cela qu’on a donné à Ésaü le nom d’Édom [Roux]. Jacob dit : Vends-moi aujourd’hui ton droit d’aînesse. Ésaü répondit : Voici, je m’en vais mourir ; à quoi me sert ce droit d’aînesse ? Et Jacob dit : Jure-le-moi d’abord. Il le lui jura, et il vendit son droit d’aînesse à Jacob. Alors Jacob donna à Ésaü du pain et du potage de lentilles. Il mangea et but, puis se leva et s’en alla. C’est ainsi qu’Ésaü méprisa le droit d’aînesse.
Commentaire n°1 posté par Mr Vandermeulen le 01/04/2008 à 11h33
ça peut se comprendre, perso, je ne vois pas comment résister à une bonne soupe aux lentilles (avec quelques dés de féta et de l'huile d'olive).
Commentaire n°2 posté par 6P le 05/04/2008 à 13h26
Et heureusement, la Bible ne connaît pas le King Fish... C'est troublant quand on y pense.
Commentaire n°3 posté par Mr Vandermeulen le 05/04/2008 à 22h59
Mets-on véritablement un e à la fin de tabloïd? Cette orthographe me paraît suspecte. Mais l'académie française n'a pas encore tranchée la question, à ma connaissance. Vous êtes donc libre, pour le moment... Trouver prétexte d'une bande dessinée pour défendre la minorité rousse en aboutissant à des clichés sur la minorité anglaise, vous y allez fort, cher Professeur. J'attends toujours vos développements sur le nihilisme. Respectueusement, Docteur C.
Commentaire n°4 posté par Docteur C le 06/04/2008 à 09h58
Vous savez que je me fais fort d'y aller fort, Docteur. Mais ceci n'est que la première partie de la leçon, je n'aurai qu'une seule recommandation pour la suite : mettez votre ceinture, mon ami. Quant à "tabloïd", M. Rey propose dans la dernière édition du Robert les deux acceptions. Je n'oublie pas le Nihilisme, cher Docteur, nous essayerons d'aborder ce thème avant la fin du trimestre.
Commentaire n°5 posté par Mr Vandermeulen le 06/04/2008 à 10h39
Mr ERRE, c'est mon prof d'histoire !!!!!!!!!!!!!!!! Yeaaaah bravo Mr. Erre
Commentaire n°6 posté par FrAy le 04/09/2008 à 18h15
Ah ! Un vrai petit frotte-manche comme je les apprécie. Bravo mon petit, continuez ainsi et vous recevrez très vite une image. Je fais part de votre enthousiasme à votre professeur de ce pas.
Commentaire n°7 posté par Mr Vandermeulen le 04/09/2008 à 21h37
les roux sont rares ! tout ce qui est rare est cher, donc, les roux sont chers ! Cette différence, ce n'est pas les roux qui la font mais les non-roux qui priement de jalousie !
Commentaire n°8 posté par pinoit le 25/05/2009 à 23h03
il n'y a pas de réhabilitation. LA couleur des cheveux n'a rien à voir avec la personne. Pourquoi et quoi réhabiliter ?
Commentaire n°9 posté par pinoit le 25/05/2009 à 23h05

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  • : Né en 1925 à Saint-Pol-Sur-Ternoise, Léopold Ferdinand D. Vandermeulen s’est surtout fait connaître dans les milieux pédagogiques francophones pour son célèbre programme éducatif « Savoir Pour Tous », lié principalement à La Petite Bibliothèque des Cultures Contemporaines (PBCC), collection d’ouvrages de vulgarisation à l’usage des jeunes, dont il est le fondateur et le principal Directeur depuis 1968.
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