Qui a dit ?

Publié le par Mr Vandermeulen

quiadit.jpgLa première réflexion que je voudrais faire sur la question du pouvoir politique, ou plutôt de l’absence de pouvoir politique parfois, c’est, que dans nos sociétés européennes, en tout cas en France, et en Allemagne, nous assistons depuis une vingtaine d’années, peut-être une trentaine d’années, à un phénomène assez nouveau qui est la prolifération des peurs. Nous voyons apparaître pratiquement chaque années de nouvelles peurs. Nous avons peur, nous les Européens, pratiquement de tout. Nous avons peur de la vitesse, nous avons peur du sexe, nous avons peur de l’alcool, nous avons peur du tabac, nous avons peur de la côte de bœuf, du poulet, nous avons peur de la dioxine, nous avons peur de la délocalisation, nous avons peur de l’effet de serre… Je suis certain que l’année prochaine nous aurons peur des nanotechnologies parceque l’on fabrique des crèmes solaires avec, et nous assistons à une véritable prolifération des peurs, pratiquement chaque année. Ce qui est nouveau dans ces proliférations des peurs, ça n’est pas la peur en tant que telle qui est un phénomène très ancien, une passion humaine qui existe depuis toujours. On dit chez nous en France que nos ancêtres les Gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête. Ce n’est pas nouveau, et ce n’était pas plus raisonnable que d’avoir peur du poulet ou de la côte de bœuf. Ce qui est nouveau, c’est la déculpabilisation de la peur. C’est le fait que nous n’avons plus honte d’avoir peur. Quand j’étais petit, et je suis sûr que c’était la même chose pour vous, on nous disait : « la peur, ce n’est pas bien. Un grand garçon, ça n’a pas peur ». Un grand garçon, quelqu’un qui devient adulte, c’est quelqu’un qui surmonte les peurs. Aujourd’hui on a, probablement sous l’influence des mouvements écologistes contemporains, une espèce de déculpabilisation de la peur, comme si la peur était devenue une passion positive, une passion qui est supposée nous rendre plus sage, plus prudent, plus vertueux ; la peur est déculpabilisée. […]

 

Lorsque l’on y réfléchit, on s’aperçoit que derrière toutes ces petites peurs, petites peurs particulières, petites peurs locales, il y a une grande peur diffuse, c’est la peur que les hommes politiques ou les femmes politiques n’aient pas assez de pouvoir, ne fassent pas les réformes, que le politique arrive toujours un peu trop tard, soit un peu trop mou, qu’il soit entravé, que, par exemple, sur la traçabilité des OGM, les politiques arrivent toujours trop tard, qu’ils arrivent après coup et qu’ils n’ont pas suffisamment de pouvoir. Il y a, en tout cas en France, cela se développe très fortement, une espèce de peur de l’impuissance publique. L’idée que les politiques n’auront jamais le courage de faire les réformes, qu’ils n’auront jamais la volonté de le faire, il faut s’interroger sur les raisons de cette situation.

 

Je crois qu’à ce sentiment d’impuissance publique, il y a deux raisons majeures qui sont très profondes, et qui ne sont pas du tout suffisamment présentes dans le débat public. Il y a une raison qui tient au fonctionnement de la presse. Il y a dans le fonctionnement de la presse quelque chose qui en effet est inquiétant, dont les journalistes sont les premières victimes, qui est la logique de l’audimat, la logique de la recherche d’audience et paradoxalement les journalistes sont les premières victimes de cette logique, ils n’y peuvent rien. Quand vous présentez une émission sur une grande chaîne de télévision en prime time, vous êtes obligé de faire l’audience qui est attendue par le directeur de la chaîne, sinon vous êtes renvoyé, tout simplement. On a là, bien évidemment une contrainte qui pèse sur les journalistes en premier. […]

 

Le métier d’homme politique, disait Hubert Védrine, c’est le métier le plus difficile du monde. Parce que c’est comparable à un métier d’un chirurgien, un métier d’un médecin, d’un docteur, qui devrait opérer un petit garçon devant : 1) la famille au grand complet ; 2) les télévisions, les journalistes, si possible avec CNN Live ; 3) avec les avocats de la famille, parce que l’on ne sait jamais ; et puis 4) avec les confrères, les autres médecins qui regardent l’opération, et vous connaissez tous la définition de la confraternité, c’est une haine vigilante. Voilà la réalité de la vie politique, et dans ce cas-là, le scalpel tremble un peu.

 

Et donc je crois que la première raison, c’est qu’en effet les ministères se transforment aujourd’hui en agences de communication. Pratiquement, 99% du temps est passé plus à la communication qu’à l’action. Et c’est lié à cette situation qui nous est faites par la vie médiatique.

 

Et puis la deuxième raison, au-delà de la médiatisation, c’est je crois la globalisation. La mondialisation, la globalisation, retirent aux hommes politiques beaucoup des pouvoirs qu’ils avaient encore il y a vingt ans, trente ans, quarante ans, lorsque l’Internet et les marchés financiers n’existaient pas. En rentrant de Porto Alegre, au Brésil, où j’étais allé au forum social, […] j’ai retenu une chose très juste que les altermondialistes disent : c’est que le monde aujourd’hui nous échappe. Il y a ce que j’appelle la dépossession démocratique, nous sommes dépossédés – non seulement les simples citoyens, mais même les hommes politiques de premier plan – du pouvoir qu’ils avaient il y a encore trente ans sur le court du monde. Il y a quarante ans, disait le président Chirac, avec six ou sept chefs d’Etat, après le déjeuner ou après le dîner, on se tapait dans la main, et on fixait le prix du cacao, du sucre ou de la banane. Aujourd’hui ce sont les marchés financiers qui le fixent, et les marchés financiers nous échappent. Là où certains altermondialistes se trompent, c’est qu’ils pensent que derrière, il y a des gens qui tirent des ficelles comme on dit, qu’il y a des gens qui contrôlent ces marchés financiers : ça n’est pas vrai. Si c’était le cas ce serait presque une bonne nouvelle. La vérité c’est que personne ne contrôle ces marchés financiers et qu’on a affaire à des processus qui sont complètement automatiques et aveugles, que personne ne contrôle. C’est cela que j’appelle la dépossession démocratique. Et c’est cela qui pose un très grand problème politique qui est le problème de savoir comment reprendre le contrôle de la main sur ce court du monde qui nous échappe en grande partie. Les politiques n’aiment pas le dire mais ils ont beaucoup, beaucoup moins de pouvoir que les citoyens ne l’imaginent. Et c’est ça la réalité du pouvoir politique.

Publié dans Interro surprise

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Commenter cet article

AMBRE 17/03/2008 12:51

Luc Ferry ?

Mr Vandermeulen 16/03/2008 17:39

Votre doute restait cohérent, oui. Mais je ne peux vous accorder de bons points, C...

C. 16/03/2008 14:10

Arf. En même temps ça se veaux les deux non?

Mr Vandermeulen 16/03/2008 13:27

Dommage !

C. 16/03/2008 13:02

Hmm, j'hésite entre Allègre et Attali. Plutôt Attali quand même.