Bernard Tapie commentateur de Musashi [leçon du groupe C # 7]

Publié le par Mr Vandermeulen

TapiePhilosophe.jpgLes commentaires philosophiques de Bernard Tapie, comme tous les commentaires de même genre, offrent au spécialiste des doctrines liées à la culture de l’entreprise un objet tout aussi digne d’intérêt que les œuvres apparemment autonomes. Il donne notamment l’occasion de réfléchir sur les rapports entre la rétrospection que constitue toute lecture, et l’élaboration philosophique : donc, de se demander dans quelle mesure cette forme de rétrospection n’est pas en fait, au moins dans des cas privilégiés, visée d’un avenir dans la théorie. Ajoutons, bien que ce ne soit pas l’essentiel du strict point de vue de l’épistémologie contemporaine, que l’histoire de la philosophie en Occident doit aux commentaires de Bernard Tapie (au sens large du mot commentaire) l’un des récents nouveaux socles sur lesquels, à partir de la fin de la dernière moitié du XXe siècle, elle a construit son édifice. Cela dit, l’indé­niable importance du commentaire tapiesque en ces diverses façons reste malgré tout bien limitée si on le compare au commentaire sportif ; or la comparaison est inévitable du seul fait que ces deux structures théoriques relèvent de la même sphère syntaxique, l’une étant vraiment très spéciale et l’autre médiatique. Il faudrait pour mieux exposer ce point un spécialiste du commentaire tapiesque. Je n’en suis pas un, mes enfants, mais je ne peux cependant m’abstenir d’en dire quelques mots dans la mesure de ma compétence, car, à propos des trois concepts direc­teurs du colloque de Cerisy consacré à Tapie en avril 1987 : commentaire, culture de l’entreprise et innovation, le commentaire tapiesque offre une réalisation particulièrement riche, pour ne pas dire inégalée. Voici ci-dessous les célèbres commentaires de l’œuvre de Musashi que l’on peut lire dans le chapitre 2 de Gagner intitulé Ce que tu nommes rêve est réel pour le guerrier :

 
 

Je me bornerai à énumérer les neuf principes qui fondent la pensée de Musachi [sic] :

 

-  éviter toutes pensées perverses ;

 

-  se forger dans la voie en pratiquant soi-même ;

 

-  embrasser tous les arts et non se borner à un seul ;

 

-  connaître la voie de chaque métier, et non se borner à celui que l’on exerce soi-même

 

-  savoir distinguer les avantages et les inconvé­nients de chaque chose ;

 

-  en toutes choses, s’habituer au jugement intui­tif ;

 

-  connaître d’instinct ce que l’on ne voit pas ;

 

-  prêter attention au moindre détail ;

 

-  ne rien faire d’inutile.

 

Ces règles d’or, j’ai essayé de les appliquer dans tout ce que j’ai fait.

 
 
 

Les pensées perverses sont source de perte de temps et d’énergie. Dans le domaine des affaires, l’objectif n’est pas de tuer. J’ai toujours fait en sorte que les actionnaires d’une société que je reprenais puissent garder un certain pourcentage d’actions. Les anciens propriétaires de Terraillon ont gardé 18 p. 100 des actions ; l’affaire avait plus de dettes que d’actifs ; aujourd’hui, je leur ai racheté ces 18 p. 100 pour 10 millions... […]

 
 
 

Se forger dans la voie en pratiquant soi-même : ceux qui ont assisté à ce fameux « show » du Palais des Congrès se souviendront peut-être du vidéo-clip d’introduction où l’on me présentait dans le cadre de mes activités. 10000 étudiants m’ont applaudi à tout rompre au volant de ma Porsche, aux comman­des de mon Jet, à bicyclette, en salle de gymnasti­que. Que l’on ne se méprenne pourtant pas sur le sens de cette ovation : ces jeunes gens n’étaient pas impressionnés par mon avion mais par le fait que je savais le piloter et que ce n’était pas pour moi un luxe mais un moyen d’être plus efficace en gérant encore mieux mon temps. […]

 
 

Embrasser tous les arts : bien sûr. Je suis un homme d’affaires, mais cela ne m’empêche pas de me passionner pour les meubles anciens par exem­ple. […]

 
 

En toutes choses, s’habituer au jugement intuitif : à cet égard, je n’insisterai jamais assez sur le rôle de ma femme […]

 
 

Connaître d’instinct ce que l’on ne voit pas. Primor­dial, l’instinct. […]

 
 

Prêter attention au moindre détail : […] Il ne faut pas non plus laisser traîner de la poussière sur des chefs-d’œuvre, ni permettre à un cheveu de dépas­ser d’un paquet bien fait ou à des pellicules de parsemer le col de sa veste. Le détail, c’est fonda­mental.

 
 

Enfin, ne rien faire d’inutile. Là, il convient de définir d’abord le concept d’inutilité. […]

 

 

 

Bref, nous dit Bernard Tapie : «  Il suffit de bien se connaître. Mais une fois que l’on se connaît – et cela prend du temps même si l’apprentissage commence tôt – on peut suivre Myamoto Musachi [sic]».

 

A vous, les enfants !

 

Publié dans Leçons du groupe C

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