La nouvelle de science-fiction La Journée d’un journaliste américain en 2889 est assez peu connue. La tradition littéraire l’attribue à Jules Verne, mais elle fut en réalité écrite en 1888 par son fils Michel. Comme son titre le laisse supposer, cette nouvelle décrit, sur un ton ironique et grinçant, le devenir des dérives journalistiques. On y suit, le temps d’une journée, du matin au soir, M. Francis Bennett, un magnat de la presse abject, d’une puissance si vaste qu’elle englobe déjà le monde. Francis Bennett est un personnage de fiction, mais il repose néanmoins sur le modèle d’un réel homme de pouvoir de l’époque, James Gordon Bennett Jr, puissant et richissime patron du New York Herald, journal à très grands tirages crée par James Gordon Bennett Sr en 1835. (1) On s’amusera d’apprendre que la nouvelle fut initialement commandée à Jules Verne par ce fameux James Gordon Bennett Jr. (2) Jules Verne ne répondra jamais à l’invitation. Ce fut son fils Michel qui accomplira la tâche, mais trois ans plus tard, et pour un tout autre journal, The Forum. Que le personnage principal de La Journée d’un journaliste ait été baptisé Bennett n’est donc pas un hasard, même s’il est difficile d’avancer de façon sûre que ce choix traduisait une réelle attaque satirique ou seulement le témoignage amusé d’une amitié. Car si l’on sait mesurer à quel point la lecture de La Journée d’un journaliste peut frapper le lecteur d’aujourd’hui, il nous est bien plus difficile de savoir si l’homme du XIXe siècle, à la lecture des exubérantes prospectives avec lesquelles Michel Verne mettait en scène un monde médiatique centralisé, y voyait une chose absolument distrayante et amusante, ou, au contraire, en dégageait une vision du monde à venir décourageante et sinistre. Probablement que Michel Verne lui-même jouait-il avec ces deux visions des choses. Un certain enthousiasme scientiste transparaît dans un inventaire incessant de trouvailles technologiques, tels que vidéo-conférence, call center, utilisation d’autres supports de diffusion que le papier, etc. Ainsi qu’une énumération des plus belles dérives propres au journalisme : monopole centralisé, gestion des sujets selon la publicité, influence prédominante sur les décisions d’Etat, divulgation d’éléments propres à la vie privé d’autrui, accointances avec les différents pouvoirs, prédominance de l’anecdotique et du spectaculaire sur l’analyse et l’information, etc, etc.
Quoiqu’il en soit, l’on est
bien forcé de le constater, l’exubérante pochade de Michel Verne voyait terriblement juste. C’est la raison pour laquelle les auteurs Vandermeulen & Guerse ont cru bon et nécessaire d’adapter
ce récit en bande dessinée et de lui offrir une nouvelle lumière. Parce que cette nouvelle de plus de 120 ans nous dévoile avec une acuité saisissante ce qu’est devenu exactement le monde des
médias. Mais attention, car cette farce de Michel Verne, qui nous apparaît aujourd’hui comme une prophétie accomplie, ne devrait pas nous faire croire qu’elle s’est réalisée il
y a quelques années seulement. La projection de Michel Verne n’a certainement pas attendu si longtemps pour devenir opérante : en 1898 déjà, dix ans seulement après la publication
de La Journée d’un
journaliste, le grand magnat de la presse William Randolph Hearst (le fameux modèle qui inspira Citizen Kane à Orson Welles) était déjà rendu
responsable par certains de ses contemporains d’avoir provoqué la Guerre hispano-américaine dans l’unique but de faire connaître son média et d’augmenter les ventes de son journal. Une critique
que l’on pouvait également formuler à l’encontre de son concurrent de l’époque, Joseph Pulitzer (celui-là même qui imagina le prix qui porte son nom), patron du New York World. (3)
Comme le disait déjà en 1872 le socialiste allemand Wilhelm Liebknecht (père du célèbre spartakiste) : « A un historien impartial et impitoyable de l’avenir une année de parution de nos journaux suffira pour prononcer le verdict de condamnation sur les états de choses actuels dans l’Etat et la société ». Cette expression clairvoyante qui souligne bien l’accointance étroite qui a toujours lié le journalisme au modèle capitaliste, démontre à quel point La Journée d’un journaliste n’est pas un texte aussi prophétique que l’on voudrait le croire. Comme l’illustre parfaitement la critique de l’époque, les pratiques journalistiques, qu’elles se lisent à différents niveaux dans Balzac, au sein du Bel-Ami de Maupassant ou dans les analyses de Karl Kraus, ne se sont certainement pas déclarées, comme se plaît à le propager notre actuelle presse auto-critique, à partir de la seconde moitié du XXe siècle. C’est la leçon que nous enseigne La Journée d’un journaliste : le journalisme n’a jamais connu d’âge d’or, de temps idyllique où tout serait vertu et probité. Dès ses balbutiements, dès son avènement sous forme industrielle, le journalisme a toujours présenté les pires travers, des dérives funestes exactement identiques à celles que nous constatons aujourd’hui. Le journalisme ne fonctionne pas seulement sur le même mode que le capitalisme, il en est son extension ; le seul problème de la périodicité le prouve. Kraus se demandait déjà pourquoi la presse s’évertuait à être quotidienne. Ce simple engagement oblige de fait la presse à chercher de quoi remplir ses pages, à produire non plus pour un but, mais à produire pour produire et ne pas disparaître. Voilà pourquoi les éditions Six Pieds sous Terre publient aujourd’hui La Journée d’un journaliste américain en 2889, non parce que le constat de Michel Verne s’est aujourd’hui réalisé, mais parce qu’il s’était déjà réalisé en 1888.
(1) James Gordon Bennett Jr, tout au long de sa jeunesse, bénéficia d’une éducation au sein des écoles et des universités françaises, ce qui amena le journal, aux faîtes de sa gloire, à connaître une édition européenne établie à Paris (édition devenue aujourd’hui le International Herald Tribune, journal encore en activité).
(2) Le plus puissant média des années 1880 proposant à un écrivain de rédiger en ses colonnes une nouvelle qui décrira ses futures dérives, voilà une requête masochiste qui n’étonnera pas la presse autocritique d’aujourd’hui, toujours apte à souligner ses propres travers en guise de réflexion éthique.
(3) Personnage qui lui aussi inspira très probablement le Bennett de Michel Verne puisque c’est Pulitzer qui fit construire, pour établir le siège de son empire, le New York World Building, le plus haut bâtiment du monde de son temps.
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Initialement, la musique « blues » est une forme musicale à part entière et n’est pas à proprement parlé ce que l’on pourrait appeler une sous catégorie de la rock musique, même
si, la rock musique depuis de nombreuses années maintenant, s’est appropriée tout ce que sont les spécificités du « blues ». Comme beaucoup de genres musicaux modernes, le
« blues » a vu sa naissance aux Etats-Unis d’Amérique, et spécifiquement au sein des populations afro-américaines. L’une des caractéristique majeure de la « blues rock
musique » se situe dans l’expression d’une certaine mélancolie, pour ne pas dire une tristesse.
Le
mot biographie, s’il est bien issu du grec, n’est pas si commun que l’on pourrait le penser. Depuis Suétone et sa Vie des douze Césars, jusqu’au XVIIe siècle, moment ou apparaît
pour la première fois le mot biographie dans les dictionnaires – dans le Trévoux 1721, précisément – on a toujours préféré le mot vie pour définir le genre littéraire qui aborde
le destin d’une personnalité. La première occurrence du mot biographie remonterait toutefois au VIe siècle. Le mot y est pour la première fois employé vers 490 dans La vie d’Isidore de
Gaza, une œuvre du philosophe grec néoplatonicien Damascius, (ignorant son nom, on a pris l’habitude de le désigner par sa ville d’origine, Damas).
Les deux
grands autres auteurs qui ont approché le biographique sont bien entendu les historiens Suétone et Tacite. On a tendance à entrevoir l’œuvre de Suétone – celle, fameuse entre toutes des Vies
des douze Césars – comme une œuvre plus proche du mode biographique que celle de Tacite, qui serait plutôt un genre qui, comme ses titres Annales ou Histoires le font
penser, dériverait de l’historiographie pure, ce qui en ferait une entreprise à mettre du côté des œuvres purement analytiques. Mais ce serait oublier ce qu’en disaient les intellectuels de
l’époque, et par exemple Eusébius Hieronymus – Saint Jérôme, Kévin – lorsqu’il désignait l’œuvre historique complète de Tacite non pas sous le titre imposé par la tradition humaniste
d’Histoires ou d’Annales, mais bien par le titre générique de Vitæ Caesarum !
Devant
préparer quelques notes pour mon petit neveu qui doit présenter une allocution sur le biographique dans le cadre des conférences animées par le CNRS au Centre Alexandre Koyré de Paris dans le
courant du premier semestre 2009, j’inaugure ici, pour lui, mais aussi beaucoup pour vous, mes chéris, une suite de courtes leçons sur les origines du mode biographique. Si l’on s’en tient à ce
que disait le grand historien italo-juif Arnaldo Momigliano (1908-1987) à propos des origines de la biographie, on serait en droit de considérer avec lui que ce fut dans Xénophon (env. 428 à 355
av. J.-C.) que l’une des premières manifestations du genre se décela, lorsque notre Athénien spartophile nous conta dans son Agésilas, les grands moments de la vie du roi de Sparte. Mais ce
texte, à la fois éloge et biographie, n’est pas sensu stricto ce que l’on entend de nos jours par une œuvre biographique. Cela de la même façon que l’on décèle, dans certaines autres grandes
œuvres de la Grèce Antique, des parties ou passages qui, si nous les détachions de leur corpus, présenteraient des atours suffisamment séduisants pour que l’on puisse les entrevoir comme de
véritables biographies ; on pense ici bien sûr aux pères de l’histoire, Thucydide (460 av. J.-C. ; 400 av. J.-C.) qui dans sa sublime Histoire de la Guerre du Péloponnèse s’attarde longuement sur
la vie de Périclès, et, bien sûr aussi, à Hérodote (env. 484 av. J.-C. ; 425 av. J.-C.), qui dans son Enquête ou encore dans ses Histoires, nous parle de façon approfondie de Cyrus, de Crésus, ou
encore de Thémistocle.
Mais
qu’est-ce que cette histoire de Sankta Lucia ?! enfin cette Sainte Lucie, là ! entends-je d’ici ? Calmons-nous, les enfants, une chose à la fois.
Quant à Hans Trapp, le nom de cet épouvantail doit son origine à un personnage historique. Il s’agit très probablement du seigneur Hans von Trotha, un chevalier qui vécut au XVe
siècle et qui occupait un château près de Wissembourg, dans l’actuel Land de Rhénanie-Palatinat, au château de Berwartstein. Ce Hans von Trotha avait aux yeux des Wissembourgeois une réputation
exécrable, car la ville lui disputait la propriété du château : l’abbaye de Wissembourg avait en effet acquis la forteresse, mais suite à divers conflits l’avait
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